Le Caravage – Le souper à Emmaüs (1601)

 

J’ai découvert cette oeuvre par hasard. Un peu comme j’ai découvert la Pinacothèque de Brera dont je vous parle ici. J’effectuais un séjour de quelques jours à Milan. Et mon but principal était, non pas le shopping, mais gérer la smala, tout en découvrant si possible la ville. Etonnamment, Smala s’est très bien comportée. Après un déjeuner délicieux, j’ai abandonné ma fine équipe dans le Parc Sempione pour me diriger vers Brera. Vous trouverez plus d’informations sur ce musée dans un article de mon blog qui y est consacré.

Après une visite de plus de deux heures, j’étais, je l’avoue, un peu groggy devant ces oeuvres immenses, essentiellement religieuses et très difficiles à déchiffrer pour un public non averti. J’avais pris des notes, me promettant, de retour à Genève de creuser la question. Au détour d’une salle, je commençais à traîner des pieds et à fatiguer, j’ai aperçu d’abord, un banc occupé par plusieurs jeunes gens qui chuchotaient en regardant le tableau approché devant eux. Curieuse, je me suis approchée et j’ai vu le tableau dont la reproduction se trouve ci-dessus. Comment l’exprimer ? Sinon tout simplement reconnaître cette oeuvre m’a touchée au plus profond de mon coeur !  Je suis restée debout à l’observer. Les jeunes gens ont fini par se lever, ou ont-ils souhaité par pure politesse me céder la place ? Je me suis assise et j’ai pris l’audio-guide. J’avais reconnu le style du Caravage, mais je ne connaissais pas du tout ce tableau dont le nom est le Souper d’Emmaüs.

Je ne suis pas une spécialiste, juste une amateure, plus ou moins éclairée d’art. Je ne regarde jamais en premier lieu, une technique, une texture, un style, mon baromètre est ce que je resssens devant une oeuvre. J’ai été profondément touchée par l’atmosphère de ce tableau, par l’expression grave, triste et sereine du Christ au milieu de la scène (et de la Cène) de la vieille femme dont le visage est ridée par le temps qui passe, mais aussi par les souffrances. Elle semble là sans être là. Et, passionné, tout d’un coup éclairé, cet homme modeste dont la main s’agrippe à la table et qui commence à comprendre qui est son compagnon de voyage.

Assise dans cette salle silencieuse et sombre, j’ai passé de très longues minutes à observer et à penser à ce que ce tableau me renvoyait de moi. Une rencontre inoubliable. 

J’ai appris en écoutant par la suite, que ce tableau avait certainement été peint durant la fuite du Caravage, accusé de meurtre.  Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le lien entre cette information et ce que j’ai retenu de ce tableau: mort, tristesse, mais rédemption.

Toujours en faisant des recherches, j’ai su qu’une autre version de cette toile avait été peinte 5 ans plus tôt, c’est-à-dire en 1601 et se trouve actuellement à la National Gallery à Londres. La reproduction se trouve ci-après.

La composition de cette oeuvre est ressemblante à la première. On retrouve tous les personnages sauf la vieille aubergiste. Les deux hommes assis, Cléophas et peut-être le discipline Luc qui se trouve à droite dans le tableau de Brera, mais à gauche dans celui de Londres sont présents. La savante nature montre la virtuosité de l’artiste alors que dans la deuxième version, seul reste sur la table, le pain qui vient d’être rompu.

On pourrait dire beaucoup sur ces deux tableaux ! Même si la version de 1601 reste une très belle oeuvre, je reste toujours saisie par l’émotion évidente qui ressort de la version de 1606.

 

Pour aller plus loin: 

La solitude Caravage , Yannick Haenel (2019)

Caravage, Ruth Dangelmaeier (2018)